[Review] I’M IN A BAND, un documentaire de Thomas Griffin

Pour la rentrée, j’avais peut être envie de vous parler de Lescop, un petit bijou à écouter sans modération,  puis je me suis dit que ne pas énoncer les nouveaux albums de The xx, Cat Power ou Grizzly bear serait un peu dommage. Enfin, j’ai pensé que ces nouvelles sorties sont citées au moins autant de fois que Philippe Zdar vient mettre son grain de sable avec ces arrangements pour les groupes du moment incontournables. En effet, il en a encore fait des siennes dans le nouvel album de Chan marshall, et ça a plutôt bien fonctionné. Si bien que l’on pourrait tous se remettre gaiement (on n’y croyait plus !) à écouter Cat Power et essayer de dégoter des remix sympas.

Bref, tout ça pour dire que mon propos n’en dira pas plus long sur ces derniers en espérant que vous soyez assez curieux pour aller écouter ces nouvelles pépites de vous même, mais je vous fais confiance. Il semblerait qu’aimer la musique nous fait à tous le même effet. On fouine, on écoute, on s’intéresse à qui fait quoi, avec qui, comment et quand. On « rencontre » ces personnes qui aiment aussi la musique, ces musiciens, ces djs, ces clubbers, ces concert-addicts, ces chroniqueurs et ceux qui parcourent le monde pour nous montrer comment ça se passe vraiment et qui reviennent avec pleins de belles choses.

C’est ce qui est arrivé à Thomas Griffin qui a eut l’idée de faire de son intérêt forcené pour l’univers musical islandais un véritable projet de création.

Le film nous apporte de vrais éléments d’analyse concernant l’industrie musicale islandaise, en particulier autours de la problématique de la crise économique. Bien vu de la part du réalisateur qui a su apporter un regard à des questions qui ont toute leur importance, soit les corrélations entre l’économie de l’île et sa démographie, ou du moins son nombre d’artiste au vu de sa situation géographique. La thématique, exposée sous forme plutôt intimiste, invite le spectateur à découvrir l’industrie musicale à travers la vie des artistes présentés dans leur vie quotidienne. Kiddi, Ari, Gulla et en petit extra Georg Holm, bassiste de Sigur Ros et ami de Gulla, bien que provenant d’univers différents sont néanmoins tous islandais et ne pensent visiblement pas à quitter un jour leur pays natal.

I’M IN A BAND, loin d’être un simple documentaire qui éclaire le spectateur sur l’industrie musicale islandaise ou la vie des artistes locaux, l’interpelle de part l’authenticité des images. L’atmosphère est si justement retranscrite que l’on peut se surprendre à arrêter le temps, aux côtés de Gulla par exemple, artiste peintre, musicienne et maman et profiter avec elle de l’air pur de cette ile de glace. Avec autant d’images plus grandioses les unes les autres, il n’est pas peu dire que l’expérience du film vaut le détour!

Loin d‘assouvir ma curiosité cependant, je me demande si Thomas Griffin ne s’est pas senti lui même « In an icelandic band » pendant le tournage car il nous a livré de la même manière que les artistes présents dans son film, un projet d’une créativité étonnante.

Ecoutons-le.

Interview :

Est ce que la façon de créer des islandais t’as inspiré toi même dans l’accomplissement de ton projet ?

De nombreux artistes m’inspirent, ce sont leurs créations qui m’inspirent en premier. Je n’avais jamais passé autant de temps avec eux avant d’avoir tourné ce film donc ce n’était que des perceptions naïves de leur manière de vivre.  L’interconnexion entre chacun m’a inspiré dans le montage du film, je voulais retranscrire cela dans le film.

Il semblerait que les rencontres soient au cœur de l’intérêt du film, ce qui est paradoxal compte tenu que l’Islande est l’ile d’Europe la plus reculée, tu ne trouves pas ?

Ce n’est pas si paradoxal,, les islandais sont un peuple qui a toujours beaucoup voyagé, on retrouve même des traces d’eux à Rome à moment de l’histoire ancienne. Donc ils ont gardé cette idée de la rencontre, de l’échange. Ils sont isolés géographiquement certes, mais ils sont entre deux continents, pile au centre, ils ont servi de camp pour les Usa et les Anglais pendant la seconde guerre, et ce se sont fait influencés par ces cultures. Mais surtout aujourd’hui l’islande compte 320 000 habitants, dont 180 000 à Reykjavik et ses alentours, autant dire que la communauté d’artistes se connaît par cœur, que tout le monde à couché avec tout le monde…

Oui vu sous cet angle, ça parait évident que les gens communiquent entre eux facilement. Mais ce qui est particulier et vraiment cool, c’est qu’il n’y a pas de différence entre les degrés de popularité des uns et des autres. Ils se côtoient tous sans tenir compte de ce paramètre et sont donc accessibles. Ca fait du bien de le constaster, c’est caractéristique d’une façon de vivre modeste et authentique et c’est exactement ce qui est attractif dans ce pays.

Reconnaissant un degré de créativité exacerbé chez les islandais, je n’ai pas été surprise de voir l’univers que tu dévoiles dans I’M IN A BAND? Pourquoi à ton avis, l’image que l’on se fait de l’Islande correspond vraiment à un imaginaire préexistant? En quoi as tu été surpris ?

Et encore, j’ai tout fait dans mon film pour éviter les clichés des elfes, du blue lagon et autres clichés locaux. L’Islande est un pays aux paysages assez incroyables, où Reykjavík est une capitale active aux nombreux événements artistiques. En ayant passé un peu de temps, on se rend compte aussi que les clichés que la télé aime véhiculer tels les elfes, les trolls, ils font simplement partie de leur culture, comme le père noël ou les lapins de pâques.

Personnes, ou des fous, en France ou en Italie, ou ailleurs sont dictés au quotidien par ces coutumes. Là en Islande c’est juste un peu plus présent durant l’année, mais personne n’est dupe.

Tu n’a pas été surprise de leurs univers car on se connaît, on a discuté, j’étais parti en Islande et j’avais du t’en parler. Du coup c’est comme quand ta copine te parle de son mec que tu n’as jamais vu et lorsque que tu le rencontres tu sais déjà qu’il est bien membré, qu’il est cool, mais qu’il va se faire larguer dans quelque jours. Je veux dire que tu sais à quoi t’attendre, et j’ai du peut être l’expliquer dans le montage pour que des personnes (âgées) ne connaissant rien à la musique indé comprenne le film.

 Ce que je veux dire aussi c’est, comment s’est passé le passage de ton sujet de ta tête au terrain ?

J’avais envie de mettre en image animée des rencontres que j’avais pu faire pendant l’écriture de mon mémoire sur la scène actuelle musicale islandaise en 2008, à la fin de mon mémoire il fallait que j’y retourne pour filmer. La crise est passée par là une nouvelle approche m’est parue pertinente.   

Du coup une fois sur place je voulais me laisser porter par les moments de vie que les artistes me faisaient partager. C’est assez étrange les premières séquences que tu tournes, car tu découvres beaucoup, t’as en plus une euphorie de voir ton projet se réaliser, c’est un peu la fête dans ta tête, les rencontres, les gens, la musique. Mais rapidement faut se ressaisir et savoir ce que l’on veut montrer et montrer que boire un Café Latté sur une terrasse avant un concert c’est cool. 

Que voulais tu transmettre au spectateur ? Tu avais une idée avt de commencer?

Je voulais faire découvrir des artistes que j’aime, trois personnalités, trois styles musicaux. Je voulais montrer au spectateur que le plus important c’est de faire ce que l’on aime. Mais je voulais aussi passer du temps et voir comment la scène indé s’articulait, il y avait une démarche personnelle aussi derrière, ce n’était pas une commande d’une chaine de télé.

Et maintenant, tu en penses quoi ?

Je suis content du résultat, malgré tout le spectateur ne connaissant rien à la musique comprend le sens du film, et celui qui est méga fan trouve pleins de détails dans les rencontres, comme avec Nonni qui fait partie du Brian Johnstown Masacre, avec Georg de Sigur Ros, la chanteuse de Hjaltalin ou encore le batteur de Sugarcubes.  J’aime bien discuter avec les spectateurs qui remarquent ces petits détails, et qui s’y retrouvent.

C’est devenu tes potes les gens du docu?

Les protagonistes sont devenus des amis, je pense surtout à Ari, lors de mon passe à Reykjavik en juillet nos retrouvailles ont été très fortes. J’avais déjà pu créer un lien avec Gulla depuis plusieurs années, mais ça nous a rapproché. Je les aime beaucoup, et j’ai passé beaucoup de temps avec eux aussi pendant le montage, les voir tous les jours sur des écrans à les entendre parler et répéter les mêmes choses pendant des heures. Je pense que ça m’a plus marqué que eux ça les a marqué. Kiddi avait déjà l’habitude de se faire filmer, lorsque je l’ai vu lors d’un concert de Hjàlmar en Juillet on a quand même bien rigolé.

Qu’attends tu de la suite des évènements ?

Qu’il vive le plus longtemps, qu’il soit projeté le plus possible, pour au moins honorer les protagonistes et le temps qu’ils ont passé devant la caméra.

Peux-tu nous situer un peu ton documentaire. Ou est-il en ce moment ? Quand pourra t’on le visionner ?

Pour l’instant le documentaire est et a été diffusé dans différents festivals, comme le Festival Du Film Insulaire de Groix, dans un festival en Slovaquie (http://www.festival.sk/2012/index.php) au Riff (Reykjavik international film festival), bientôt à Rome et j’attends toujours la réponse d’autres festival. Pour l’instant en France, il est programmé à St Denis de La Réunion à la Lanterne Magique en Novembre, dans une salle à Nice à Monaco, et à Paris sont en projet. Un distributeur s’occupe de le vendre à l’étranger pour la télé, on attend de ses nouvelles. Puis je suis ouvert à tout proposition pour projeter le film. J’aimerais le mettre en VOD quelque part, mais ce n’est pas évident à mon échelle.

Parle nous de tes projets.

Je prépare une non suite, à Montréal autour d’artistes indépendant Francophone. Le tournage est prévu entre novembre et décembre. Cela reprend le même concept pour peut être s’intégrer dans un trilogie sur une troisième ile.

Merci beaucoup Thomas, on attend la suite avec impatience et nous ne manquerons pas de passer  l’info pour les prochaines diffusions du film.

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